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Par Benoit Rannou, DipECVCP & ACVP, spécialiste en biologie médicale

Gilbert SE, Cardy TJ, Bertram S, Taylor-Brown F. Diagnostic utility of cerebrospinal fluid analysis in dogs with suspected idiopathic epilepsy. Aust Vet J. 2021 Jan;99(1-2):1–5.

L’épilepsie essentielle est la cause la plus commune de crise convulsive chez le chien. Le consensus de l’IVETF (International Veterinary Epilepsy Task Force) a établi plusieurs critères pour le diagnostic de l’épilepsie essentielle répartis sur un système à trois niveaux de confidence. Le premier niveau est essentiellement clinique (chien âgé entre 6 mois et 6 ans avec deux ou plus épisodes de convulsions espacées au moins de 24 heures, sans anomalies cliniques entres les épisodes de convulsion, et sans anomalies biologiques (hématologiques, biochimiques et urinaires)  notables ; le second niveau inclut les critères du premier niveau ainsi qu’une concentration en acides biliaires (pré- et post-prandiaux) normale, une IRM cérébrale non remarquable ainsi qu’une analyse du liquide cérébrospinal ne démontrant pas d’anomalies. Le niveau 3 ajoute la mise en évidence d’anomalies à l’encéphalogramme en périodes ictales ou inter-ictales.

L’étude de Gilbert et al publiée en 2020 visait à évaluer quelle était la proportion de chiens suspects d’épilepsie essentielle qui présentaient une altération cytologique du liquide cérébrospinal.

Les chiens inclus dans cette étude étaient des chiens âgés entre 6 mois et 6 ans ayant été présentés dans deux cliniques (une australienne et une britannique) répondant aux critères de premier niveau établi par le consensus de l’IVETF pour lesquels une IRM cérébrale ne révélait pas d’anomalies et chez qui une analyse du liquide cérébrospinal avait été réalisée.

Sur les 82 chiens inclus, neuf (10,9 %) présentaient un liquide cérébrospinal cytologiquement anormal : 5 présentaient une dissociation albumino-cytologique (protéinorachie supérieure à l’intervalle de référence associée à un comptage cellulaire dans l’intervalle de référence), 3 présentaient une légère pléocytose granulomateuse, et 1 présentait une pléocytose granulomateuse et une protéinorachie élevée.

Le temps entre la dernière crise convulsive et la collecte de liquide érébrosplnal n’apparaissait pas être corrélé à la détection ou non d’une anomalie du liquide cérébrospinal. La détection d’anomalies n’était pas non plus associée à un type particulier de crise convulsive.

Pour sept des neuf chiens avec un liquide cérébrospinal anormal, une recherche Neospora caninum et Toxoplasma gondii a été effectuée par sérologie et/ou PCR et s’est avérée négative pour les sept chiens.

Les neuf chiens ont été traités classiquement comme des chiens présentant une épilepsie idiopathique et n’ont présenté aucun symptôme neurologique entre les crises. À la soumission du manuscrit, 5 chiens sur neuf étaient encore en vie (55,5 %) et 4 (44,5 %) étaient morts ce qui correspond aux proportions précédemment observées dans une population de chiens diagnostiqués avec une épilepsie essentielle. Parmi les 4 chiens morts, deux ont été euthanasiés en raison d’une crise de convulsives répétitives, un  est mort d’une probable mort subite inattendue lors d’épilepsie, et un a été euthanasié pour une raison indépendante de son épilepsie essentielle.

Cette étude montre que chez les chiens présentant une épilepsie essentielle, les anomalies du liquide cérébrospinal sont rarement observées et que ces dernières ne semblent pas associées à un pronostic négatif. L’examen cytologique du liquide cérébrospinal  reste intéressant lors de l’investigation des causes de crises convulsives.

Gilbert SE, Cardy TJ, Bertram S, Taylor-Brown F. Diagnostic utility of cerebrospinal fluid analysis in dogs with suspected idiopathic epilepsy. Aust Vet J. 2021 Jan;99(1-2):1–5.

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Photo 1 : Leucocytes (GB) et hématies (GR) observées lors d’un comptage à la cellule de Malassez

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Photo 2 : Deux granulocytes neutrophiles et une grande cellule mononucléée. Liquide cérébrospinal. Chien. MGG x100

Par Benoit Rannou, DipECVP & ECVCP, spécialiste en biologie clinique.

Néoformations orales du chien et du chat : utilité de la cytologie

L’examen cytologique est un outil de diagnostic peu invasif, utilisé quotidiennement (et souvent en première intention) en médecine des animaux de compagnie.

Les masses de la cavité orale sont souvent observées chez le chien et le chat lors d’une consultation dans la pratique clinique. Celles-ci, de localisation variable à l’intérieur de la gueule, peuvent être bénignes ou malignes.

Une étude publiée en 2014 a évalué la fiabilité de l’examen cytologique et sa corrélation avec les résultats histopathologiques en 114 cas de masses orales de chiens et chats. Trois techniques de prélèvement ont été évaluées : cytoponction à l’aiguille fine sans aspiration, cytoponction à l’aiguille fine avec aspiration, et calque (apposition de pièce d’exérèse après chirurgie sur une lame).

Sur les 114 cas, 16 échantillons sont exclus en raison de prélèvement insuffisamment cellulaire pour l’examen cytologique (hypocellularité, hémodilution, nécrose. Sur les 96 échantillons restants, 81 proviennent de processus tumoraux [67 processus malins et 15 processus bénins] et 15 de processus non tumoraux.

Cette étude a montré une incidence majeure du carcinome épidermoïde [23, dont 9 chiens et 14 chats] et du mélanome [22, dont 21 chiens et 1 chat]. Huit tumeurs à cellules fusiformes indifférenciées [7 chiens et 1 chat], 5 kératoacanthomes [chiens], 4 lymphomes [2 chiens et 2 chats], 3 améloblastomes [chiens], 3 fibromes odontogeniques [chiens], 2 adénocarcinomes [1 chien et 1 chat], 2 fibrosarcomes [chiens], 2 tumeurs à cellules plasmocytaires [chiens] correspondent aux autres tumeurs principalement rencontrées.

L’étude a montré une très bonne corrélation entre l’analyse cytologique et l’analyse histopathologique pour les lésions tumorales et non tumorales, avec une bonne sensibilité et une bonne spécificité pour les trois méthodes cytologiques sans et avec aspiration [environ >94 % — 98 % respectivement].

En conclusion, les masses de la cavité orale sont souvent observées chez le chien et le chat, avec une prévalence majeure du mélanome malin chez le chien et du carcinome épidermoïde chez le chat. L’examen cytologique apparaît être un outil diagnostique de première ligne intéressant pour déterminer la nature des néoformations orales du chien et du chat. C’est un examen peu invasif, rapide qui ne nécessite pas forcément d’anesthésie.

Bonfanti U, Bertazzolo W, Gracis M, Roccabianca P, Romanelli G, Palermo G, et al. 205(2):322-7. The Veterinary Journal. Aug 2015.

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Photo 1 : Carcinome épidermoïde. Chat. MGG x50

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Photo : Mélanome buccal. Chien. MGG x100

Par Laurent COUTURIER, DipECVDI
 
COMPARATIVE MAGNETIC RESONANCE IMAGING FINDINGS BETWEEN GLIOMAS AND PRESUMED CEREBROVASCULAR ACCIDENTS IN DOGS
V CERVERA, W MAI, C.H VITE, V JOHNSON, B DAYRELL-HART, G.S SEILER
Veterinary Radiology & Ultrasound, Vol. 52, No. 1, 2011, pp 33–40.
 
Les méthodes d'imagerie vétérinaire de l'encéphale regroupent essentiellement l'IRM et la tomodensitométrie (ou "scanner"). Le scanner est progressivement abandonné en neuro-imagerie au profit de l'IRM, dont la meilleure résolution en contraste et la possibilité de réaliser des séquences fonctionnelles surpassent les possibilités du scanner. 
Les AVC et les gliomes sont des lésions intra-axiales principalement rencontrées chez le chien. Le gliome est la tumeur intra-axiale numéro 1 chez le chien et la numéro 2 (après le méningiome) tous types de tumeurs confondus. Les gliomes regroupent les astrocytomes, les oligodendrogliomes, le glioblastome multiforme et la "gliomatose cerebri". Il existe une prédisposition chez le boxer et le boston terrier. Les gliomes sont plus rares chez le chat (8%). Les AVC se caractérisent cliniquement par des signes neurologiques suraigus et sont divisés en forme ischémique (secondaire à un thrombus, une embolie, une lésion endothéliale ou une hypoperfusion sévère) ou hémorragique (secondaire à de l'hypertension ou une rupture d'anévrisme). La majorité des AVC sont ischémiques chez le chien, comme cela est le cas en médecine humaine. Les deux types lésionnels (gliome et AVC) peuvent être à l'origine de signes cliniques similaires tels que des convulsions, une perte de la vision, des altérations du comportement.
 
Le diagnostic différentiel gliome / AVC est déterminant pour le pronostic et le traitement. Cette étude rétrospective inclut 21 chiens présentant un AVC probable et 17 chiens avec un gliome suspecté. Le gold standard est soit une confirmation histopathologique, soit une survie supérieure à un an sans symptomes (un AVC étant alors privilégié dans ce cas).
Des différences signiifcatives entre l'apparence à l'IRM des gliomes et des AVC sont identifiées : 
* Localisation cérébrale pour les gliomes (76%) / localisation cérébelleuse / thalamus / tronc cérébral pour les AVC (76%)
* Taille supérieure de la lésion, oedème périlésionnel et effet de masse davantage rencontrés lors de gliomes en comparaison des AVC
* Lésion géométrique en "coin" identifiée uniquement lors d'AVC (19% des cas).
Parmi les trois radiologues ayant interprété les images (en aveugle, sans anamnèse), 10 à 47% des cas d'AVC ont été identifiés comme des gliomes et seulement 0-12% des gliomes ont été identifiés comme des AVC.
 
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Gliome du lobe frontal chez un boxer de 8 ans. la lésion est hyperintense en T2 et FLAIR, soulignée en anneau par le contraste et entourée par un oedème vasogénique (crédit image AzurVet)
 
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AVC du lobe G du cervelet chez un chien présenté avec des signes suraigus d'hypermétrie des 4 membres plus marquée à G. La lésion est hyper en T2, "wedge shaped", hyper en diffusion DIW et hypo en ADC  (crédit image AzurVet)

Par Laurent COUTURIER, DipECVDI, spécialiste en imagerie médicale.

Computed tomography versus arthroscopy for detection of canine elbow dysplasia lesions.
Moores AP, Benigni L, Lamb CR.Vet Surg. 2008 Jun;37(4):390-8.

Cet article rétrospectif compare les lésions identifiées en tomodensitométrie (scanner) aux lésions visibles en arthroscopie lors de dysplasie du coude chez 101 chiens. Les résultats mettent en évidence une corrélation entre une fragmentation du processus coronoïde médial 'PCM' de l'ulna visible au scanner et l'identification d'un fragment déplacé à l'arthroscopie, associé à une lésion cartilagineuse du PCM et du condyle huméral en regard. La présence d'ostéophytes au scanner était aussi associée à la présence de lésions à l'arthroscopie, même si la corrélation était moyenne entre le degré d'arthrose au scanner et l'importance des lésions cartilagineuses du compartiement médial du coude à l'arthroscopie.

L'étude confirme ainsi que le scanner apporte un certain nombre d'informations lésionnelles mais qu'un examen normal n'exlut pas la présence de lésons visibles à l'arthroscopie qui reste le gold standard dans cette indication avec une sensibilité supérieure par rapport à l'arthrotomie classique (Lewis et al, JAAHA). En effet, lorsque le fragment est purement cartilagineux, le scanner ne le détecte pas car il n'est pas assez dense. A l'inverse, une fissuration subtile peut être notée au niveau du PCM en scanner sans qu'aucune lésion ne soit détectable en arthroscopie dans le cas où le cartilage recouvre encore la fissure et n'expose pas celle-ci. Le fait de "sonder" le PCM lors de l'arthroscopie peut aider à mettre en évidence la fissure. L'étude démontre même que dans 23 coudes, il n'y avait pas d'accord net entre le scanner et l'arthroscopie quant à la présence d'un fragment. Certains de ces fragments ne représentent en fait pas une fragmentation vraie du PCM mais un ostéophyte partiellement minéralisé en regard de l'apex ce qui complique l'interprétation du scanner. Ainsi la sensibilité et la spécificité du scanner sont respectivement de 77 et 84% dans l'identification de la présence ou de l'absence d'un fragment en regard du PCM.

Le tableau ci dessous résume la fréquence des signes identifiés au scanner et en arthroscopie : 

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Sur le thème des cholélithiases : 

Par Manon David, DMV, assistante en médecine interne

Ward P. M. et al. « Cholelithiasis in the Dog : Prevalence, Clinical Presentation, and Outcome » Journal of the American Animal Hospital Association, vol. 56, n°3, May/June 2020.

Ward P. M. et al. « Cholélithiases du Chien : Prévalence, Présentation Clinique et Suivi » Journal of the American Animal Hospital Association, vol. 56, n°3, Mai/Juin 2020.

Les cholélithiases du chien sont considérées comme étant peu fréquentes et souvent de découverte fortuite, mais très peu de données bibliographiques sont disponibles sur le sujet. Cette étude rétrospective a eu pour objectif de décrire la prévalence, la présentation clinique et le suivi au long terme des cholélithiases chez le chien. Parmi les 7036 chiens ayant subi une échographie abdominale à l’hôpital vétérinaire de l’université de Glasgow, 68 ont présenté un ou plusieurs cholélithes, soit une prévalence de 0,97%. Parmi les 61 chiens ayant un dossier médical exploitable, 53 (87%) ont été considéré asymptomatiques au diagnostic, et huit présentaient des complications en lien avec la cholélithiase (obstruction des voies biliaires, péritonite biliaire, cholécystite aiguë ou emphysémateuse). Parmi les 39 chiens pour lesquels un suivi au long terme (médiane de 174 jours) était disponible, seul trois animaux (dont deux ayant déjà été symptomatiques) ont développé des complications liées à la présence de cholélithes. En somme, les cholélithiases sont peu fréquentes chez le chien. À l’image de ce qui est observé chez l’Homme, elles sont souvent de découverte fortuite et la plupart des animaux semblent rester asymptomatiques au long terme.

Introduction

Chez l’Homme, la prévalence des calculs biliaires est élevée (25%), mais la majorité des patients (jusqu’à 90%) sont asymptomatiques au diagnostic. L’échographie abdominale est l’examen de choix, avec une sensibilité de 94%. Environ 20% des patients initialement asymptomatiques développent des complications biliaires au cours de leur vie. Le cas échéant, une prise en charge chirurgicale par cholécystectomie est indiquée. Dans certains cas de calculs de cholestérol, une dissolution médicale par utilisation d’acide ursodéoxycholique (UDCA) est possible.

Chez le chien, la prévalence des cholélithes est estimée entre 0,03% et 15%. Le taux de complication est inconnu. Les objectifs de cette étude sont de décrire la prévalence, la présentation clinique et le suivi au long terme des cholélithiases chez le chien.

Matériel et méthodes

Cette étude rétrospective est menée à l’hôpital vétérinaire de l’université de Glasgow entre Janvier 2010 et Juin 2018. Les chiens présentant un ou plusieurs cholélithe(s) identifié(s) à l’examen échographique de l’abdomen sont inclus. Leur signalement, la présence d’éventuels signes cliniques, l’aspect échographique du tractus biliaire, le nombre et la localisation des cholélithes ainsi que les résultats d’examens biochimiques, radiographiques ou tomodensitométriques éventuels sont enregistrés. Les animaux sont définis comme symptomatiques s’ils présentent des signes cliniques (vomissement, ictère, douleur abdominale, anorexie, hyperthermie), échographiques (modification de la vésicule ou de l’arbre biliaires) ou biochimiques (augmentation des PAL, des GGT, de la bilirubinémie ou de la cholestérolémie) en lien avec une cholélithiase, lorsque ces signes ne sont pas expliqués par une maladie concomitante. Les chiens sont exclus en cas d’absence de données médicales lors du diagnostic.

Résultats

Signalement

Parmi les 7036 chiens ayant subi un examen échographique de l’abdomen, 68 présentent ou plusieurs cholélithes, soit une prévalence de 0,97%. Aucune prédisposition sexuelle (50% de mâles, 50% de femelles) ou raciale n’est mise en évidence. L’âge médian au diagnostic est de 9 ans (3 mois – 17 ans).

Imagerie diagnostique

La majorité des calculs biliaires se situent dans la vésicule. Trente-sept chiens présentent un cholélithe isolé, et 30 ont de multiples calculs. En comparaison à l’échographie abdominale, la radiographie abdominale montre une sensibilité de 59% (16/27) et le scanner abdominal détecte 89% des chiens atteints (8/9).

Présentation clinique

Sur 61 chiens, 87% sont asymptomatiques au diagnostic. Parmi les huit chiens souffrant de complications, quatre sont gérés médicalement, trois subissent une intervention chirurgicale (cholécystectomie, cholécystoduodénostomie), et le dernier est euthanasié.

Suivi

Un suivi est disponible pour 39 chiens avec une durée médiane de 174 jours (10-1688 jours). Parmi les six chiens symptomatiques suivis, cinq sont traités avec l’UDCA (dose médiane de 13,5 mg/kg SID, durée médiane de 244 jours) sans dissolution des cholélithes observée. Deux d’entre eux présentent une récidive de cholécystite gérée médicalement avec succès. Parmi les 33 chiens asymptomatiques suivis, seul un animal a développé une cholécystite 678 jours après le diagnostic.

Discussion

Avec une prévalence de 0,97%, cette étude confirme la faible prévalence des cholélithiases chez le chien. A contrario, une prévalence importante est observée chez l’Homme, ce qui peut être expliqué par une pathogénie spécifique : l’Homme présente majoritairement des calculs de cholestérol, là où les cholélithes canins sont principalement de nature pigmentaire. La prévalence a pu être sous- ou surestimée car le screening échographique abdominal à l’hôpital concerne des animaux malades ce qui n’est pas représentatif de l’ensemble de la population canine.

Par ailleurs, dans les deux espèces, les cholélithiases sont souvent de découverte fortuite et la plupart des animaux restent asymptomatiques au long terme. Il est toutefois possible que la proportion de chiens symptomatiques soit sous-estimée dans cette étude, car la période d’observation est variable, et certains signes cliniques observés chez l’Homme (douleur abdominale modérée transitoire notamment) peuvent ne pas être détectés chez le chien. La raison pour laquelle les patients asymptomatiques peuvent à terme développer des complications est inconnue.

L’échographie abdominale semble être l’examen de choix dans la détection des cholélithiases, avec une sensibilité relative inférieure du scanner et de la radiographie.

L’UDCA est souvent prescrit pour son action cholérétique, qui pourrait limiter certains facteurs amenant la formation de calculs pigmentaires. Chez l’Homme, cette molécule peut permettre la dissolution médicale de certains calculs de cholestérol. Dans cette étude, la prescription d’UDCA n’a pas été associée à la dissolution des cholélithes observés.

Enfin, les limites de cette étude sont principalement liées à son caractère rétrospectif : absence de standardisation des variables mesurées au diagnostic et lors du suivi, hétérogénéité de matériel et de manipulateurs. Elles concernent aussi les possibles sous-/surestimation de la prévalence et sous-estimation des animaux symptomatiques susmentionnées.

Conclusion

Cette étude rétrospective montre la faible prévalence des cholélithiases chez le chien. La plupart des animaux sont asymptomatiques au diagnostic et semblent le rester à long terme.

 

Sur le thème des stents trachéaux : 

Par  Tiffany Pereira, DMV, assistante en chirurgie.

C. WEISSE, A. BERENT, N. VIOLETTE, R. MCDOUGALL AND K. LEMB. Short-, intermediate-, and long-term results for endoluminal stent placement in dogs with tracheal collapse. Journal of the American Veterinary Medical Association, Vol. 254, No. 3, 2019, pp 380-392

Le collapsus trachéal est une affection respiratoire chronique fréquemment diagnostiquée chez les chiens de petite race. La forme traditionnelle correspond à un collapsus mécanique dynamique causé par la combinaison d’une malacie progressive des cartilages trachéaux et d'une laxité du muscle trachéal, entraînant principalement un collapsus dorso-ventral. Une malformation en forme de W des cartilages trachéaux peut provoquer une forme plus statique de rétrécissement de la lumière trachéale.

Les signes cliniques les plus évocateurs d'un collapsus trachéal chez le chien sont une toux sèche avec un timbre ressemblent à un « crie d’oie », une respiration rauque persistante et des épisodes de détresse respiratoire et de cyanose, souvent consécutifs à une excitation, qui peuvent aboutir à une dyspnée potentiellement mortelle.

La prise en charge initiale recommandée est de nature conservatrice à partir d’un traitement médical. L’utilisation d’un stent trachéal est généralement réservée aux chiens présentant un collapsus trachéal réfractaire, non responsive ou grave, ou aux chiens médicalement instables.

Cette étude avait comme objectif d’examiner et de caractériser les complications et les résultats à court, moyen et long terme chez les chiens présentant un collapsus trachéal traité par la pose d'un stent trachéal par les cliniciens d'un service de radiologie interventionnelle American.

75 chiens ayant subi la pose d'un stent endoluminal métallique auto-expansible ont pu être inclus dans l’étude sur une période de 6 ans. La durée du suivi après la pose du stent allait de 0 (décès périopératoire) à 2 119 jours (moyenne 728 jours). 51% (38/75) des chiens présentaient une malformation en W et 49% (37/75) un collapsus dynamique.

Les auteurs ont préféré privilégier la prise en charge médicale des signes cliniques associés au collapsus trachéal avant de recourir à la pose d'un stent ; cependant, cela n'a pas toujours été possible lorsque les chiens étaient en dyspnée.

Le placement des stents a été réalisé sous fluoroscopie et leur positionnement confirmé par trachéoscopie flexible. Un lavage trachéal a été effectué pour recueillir des échantillons de liquide en vue d'un examen cytologique, culture bactérienne et test de sensibilité aux antimicrobiens.

Bien que 7 races aient été représentés parmi les 75 chiens inclus dans l'étude, les Yorkshire Terriers et les Poméraniens représentaient plus de 80% des patients. L'âge au moment de la pose du stent variait entre 2 et 15 ans, soutenaient l’idée que cette affection peut se manifester à tout moment avec un taux de progression variable.

24% des chiens avaient un palais mou allongé nécessitant une staphylectomie partielle et 8% avaient une rétroversion de l'épiglotte nécessitant une épiglottopexie. Selon les auteurs, ces obstructions ont contribué de manière substantielle aux crises des voies aériennes des chiens et doivent à l’avenir être évaluées plus soigneusement lors du traitement de chiens présentant un collapsus trachéal.

Dans l'ensemble, la pneumonie ou l'infection trachéale était la complication la plus fréquente (57%). Cependant, selon les auteurs, la proportion similaire de chiens ayant des résultats de culture positifs au moment de la pose du stent (79%) et après leur sortie de l'hôpital (78%), peut suggérer, que la présence d'un stent n'augmente pas le risque d'infection subséquente.

La fracture du stent était la raison la plus fréquente de la pose d'un stent supplémentaire chez les chiens atteints d’un collapsus dynamique et la croissance des tissus la raison plus fréquente chez les chiens atteints d’une malformation.

Tous les types de complications notées sont survenus au cours de toutes les périodes de suivi, ce qui suggère l'importance de procéder régulièrement à des examens de contrôle.

Une amélioration à long terme des scores de sévérité clinique pour les « cris d'oie » ou la respiration rauque et la dyspnée a été obtenue pour 89% et 84% des chiens. Les auteurs sont de l’opinion que on ne doit pas s'attendre à ce que la toux (non rauque) s'améliore autant que les autres signes cliniques, puisqu’elle s'est aggravée ou améliorée chez un pourcentage à peu près égal de patients.

Cet article défend la nécessité à long terme d'un traitement continu par corticostéroïdes et antitussifs, étant donné la présence continue d'un corps étranger (stent) dans la trachée.

Les seuls facteurs identifiés comme étant associés à la durée de survie dans la présente étude étaient le sexe et l'âge, les chiens mâles et les chiens plus jeunes ayant des durées moyennes de survie significativement plus longues que les chiens femelles et les chiens plus âgés.

Les chiens atteints d’une malformation et de collapsus dynamique dans cette population ont différé par certains facteurs et résultats, mais ils n'ont pas différé de manière significative en termes de durée ou de taux de survie.

Les résultats de la présente étude suggèrent que la pose d’un stent trachéale endoluminal peut constituer une option à faible mortalité pour la gestion du collapsus trachéal, même chez les chiens gravement atteints ; toutefois, des complications sont possibles, notamment une pneumonie ou des infections trachéales, des fractures du stent et une croissance interne des tissus.

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Figure 1 – Images fluoroscopiques thoraciques latérales d'un chien présentant un collapsus trachéal avant (A) et immédiatement après (B) le placement endoluminal d'un stent trachéal. Un cathéter marqueur œsophagien a été placé pour calculer le grossissement radiographique. A- La ventilation en pression positive à 20 cm H2O a été utilisée pour obtenir une distension trachéale, permettant de mesurer les diamètres trachéaux maximaux dans les régions cervicales, de l'entrée thoracique et intra-thoracique à l'aide d'un cathéter marqueur œsophagien. B – Le placement approprié du stent et les dimensions finales du stent trachéale sont confirmés.

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